ASTRES

L'Alliance Stratégique des Etudiants du Spatial

La place des DROM-COM dans le spatial

L’intégration des DROM dans la stratégie spatiale française nécessite une collaboration forte entre différents acteurs locaux et nationaux. Plusieurs initiatives sont déjà en place, mais des actions supplémentaires peuvent être envisagées pour renforcer la position des DROM dans ce secteur stratégique.


Le rôle stratégique des DROM-COM dans l’industrie du spatial

Contexte

Les territoires ultramarins sont situés à plusieurs milliers de kilomètres de la métropole et représentent une superficie de 120 000 km² de terres. Ces territoires sont peuplés de près de 3 millions d’habitants. Grâce à leur présence, la France a une influence mondiale, avec des implantations sur tous les continents et dans la plupart des océans.

L’histoire des Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) et des Collectivités d’Outre-Mer (COM) est étroitement liée au passé colonial de la France. Parmi les DROM figurent la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Mayotte et l’Île de la Réunion. Ces territoires bénéficient du même statut législatif que les départements de métropole.

Grâce au Centre Spatial Guyanais (CSG), la Guyane occupe une position majeure dans l’industrie spatiale mondiale. La proximité de l’équateur, combinée à des infrastructures modernes, fait de cette base de lancement un atout de premier plan pour les missions spatiales européennes.

Bien que la Guyane soit l’acteur principal du spatial français grâce au Centre Spatial Guyanais (CSG) de Kourou, les autres Départements et Régions d’Outre-mer (DROM) offrent des atouts géostratégiques indirects pour les opérations spatiales. Par la présence de ces territoires dans diverses régions du globe, un avantage est identifié pour la France au sujet des activités de surveillance spatiale et de la communication. Même si les activités spatiales directes y sont limitées, ces territoires peuvent servir de bases pour des projets scientifiques et de recherche (par exemple dans des domaines liés à l’observation de la Terre, la météorologie et la sécurité environnementale).

Cependant l’intérêt stratégique accordé aux DROM, à l’exception notable de la Guyane, reste modéré dans le secteur spatial. La sensibilisation au secteur spatial y est limitée, bien que certaines associations et événements visent à éveiller l’intérêt des jeunes pour les métiers de l’espace. Malgré ces efforts, les formations spécialisées dans le domaine spatial restent rares dans ces territoires. Les jeunes intéressés sont souvent contraints de poursuivre leurs études en métropole, ce qui freine l’émergence d’une véritable dynamique locale autour de l’industrie spatiale.

Infrastructures spatiales

En Guyane

Le CSG est situé à 5° de latitude nord, ce qui permet de lancer des fusées avec une efficacité accrue. Cette position géographique permet de tirer parti de la rotation terrestre pour économiser du carburant lors des lancements. Le Centre spatial guyanais, véritable atout stratégique pour la France et l’Europe, est une base de lancement française et européenne d’où partent une quinzaine de lancements chaque année dont les fusées ARIANE.

A la Réunion

Observatoire des Makes : Situé à Saint-Louis, cet observatoire est dédié à l’astronomie et offre des activités pédagogiques pour le grand public. Il est reconnu pour ses observations du ciel austral, notamment de la Voie Lactée et des constellations visibles dans l’hémisphère Sud.

Projet de voilier solaire “Payankeu” : La Réunion est impliquée dans le développement d’un prototype de voilier solaire. Ce projet innovant vise à explorer l’utilisation des voiles solaires pour des missions interplanétaires et à soutenir la recherche locale sur les technologies spatiales avancées.

Omega 1 : Cet important centre de données, bien que principalement axé sur les technologies numériques, soutient aussi des projets de recherche en lien avec l’espace. Il est qualifié de data center de niveau Tier 3, garantissant une haute disponibilité pour les données essentielles liées à l’aérospatial.

Projet de base lunaire “Eurohab” : Le paysage de la Plaine des Sables, semblable à celui que l’on peut retrouver sur la Lune, a été choisi comme lieu d’expérimentation pour une initiative innovante qui vise à tester des habitats gonflables destinés à des missions lunaires et martiennes, pendant des périodes allant jusqu’à 15 jours. Développé en partenariat avec Spartan Space, une start-up française, ce projet aurait dû être opérationnel dès 2023. Cependant, les dernières mises à jour sur son avancement restent peu précises, laissant entendre que les travaux se poursuivent encore.

A Mayotte et aux Antilles

Aucun projet n’est identifié dans ces territoires.

Quels impacts économiques et sociaux des activités spatiales dans les DROM ?

Impacts économiques et sociaux

Guyane

Le spatial en Guyane représentait en 2023, 1/6eme des emplois, soit environ 4600 emplois sur une population de 280 milles habitants, la majorité venant de métropole. Malgré les retombées économiques du CSG, une grande partie de la population locale ne perçoit pas directement les bénéfices. Cela alimente des revendications pour un partage plus équitable des ressources. Vu de métropole, le spatial continue de fasciner, malgré les difficultés que connaît le secteur. Vu de Guyane, la présence de cette industrie de pointe contraste avec la réalité sociale et économique du département où 53% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le mouvement social de 2017 illustre parfaitement la situation. La population qui avait réussi à infiltrer le Centre spatial, revendiquait déjà un meilleur équilibre des investissements pour le spatial et des investissements pour les besoins des guyanais. En effet, L’Etat français a longtemps cru pouvoir combler les besoins de la population avec les revenus du spatial et publics, sans compter que la population allait doubler.

A la Réunion

L’impact actuel de l’industrie spatiale à La Réunion est encore limité, mais il montre des signes prometteurs de croissance. L’île attire des investissements pour des projets spatiaux, bien que ceux-ci soient encore modestes par rapport à d’autres régions. Aujourd’hui, l’industrie spatiale contribue à diversifier l’économie de La Réunion, traditionnellement axée sur le tourisme et l’agriculture. Elle offre de nouvelles opportunités économiques et peut jouer un rôle clé dans le développement futur de l’île. En effet, bien que l’industrie spatiale ne soit pas encore un secteur majeur à La Réunion, elle commence à créer des opportunités d’emploi, notamment dans les domaines de la recherche et du développement technologique.

Acteurs et activités possibles

L’intégration des DROM dans la stratégie spatiale française nécessite une collaboration forte entre différents acteurs locaux et nationaux. Plusieurs initiatives sont déjà en place, mais des actions supplémentaires peuvent être envisagées pour renforcer la position des DROM dans ce secteur stratégique.

Les régions ultramarines jouent un rôle crucial dans la mise en place d’infrastructures éducatives qui préparent les jeunes aux métiers de l’espace. Les établissements scolaires et universitaires de ces territoires doivent être au cœur de cette dynamique. Des partenariats avec des programmes de formation spécialisés pourraient structurer l’offre de formation dans le domaine spatial.

Des universités dans les DROM pourraient offrir des diplômes en lien avec les sciences spatiales en partenariat avec des institutions métropolitaines ou des entreprises spécialisées. Il pourrait être intéressant dans un second temps de réfléchir à l’élargissement de cette action à des secteurs non scientifiques tels que le droit et les sciences sociales.

Le Centre National d’Etudes Spatiales

Le CNES est un acteur clé dans la stratégie spatiale française. Il est fortement impliqué dans les activités spatiales des DROM, notamment par son partenariat avec le Centre Spatial Guyanais (CSG), qui est un pilier pour les lancements de satellites.

Le CNES pourrait étendre ses initiatives dans les autres territoires d’outre-mer, en soutenant des projets de recherche, en collaborant avec les universités locales, et en apportant son expertise pour favoriser la mise en place d’activités liées à l’espace.

Le tissu associatif

Quelques associations dans les DROM travaillent déjà sur des projets liés à l’espace, l’innovation et l’éducation. Par exemple, l’association PIKALI promeut l’éducation et la sensibilisation des jeunes aux métiers du spatial. Ces organisations jouent un rôle fondamental dans la sensibilisation et la formation des jeunes talents aux carrières spatiales.

Le soutien et l’accompagnement de ces associations par les autorités locales et nationales pourraient être renforcés pour maximiser leur impact et développer des projets à plus grande échelle. Ces associations pourraient également contribuer à la création de centres d’excellence locaux et à la promotion des métiers spatiaux à travers des événements, des forums et des formations spécialisées.

Quelles perspectives d’évolution ?

On assiste à une diminution de lancements depuis Kourou, qui est pourtant un port spatial international. La collaboration entre la Russie et ARIANE pour la construction d’un gros lanceur est en berne depuis le début de la guerre en Ukraine, et ne reprendra certainement pas. Moins de lancements également avec l’Italie depuis ses nombreux échecs avec VEGA. Cela nous mène donc à une majorité de lancements pour ARIANE et à une position de plus en plus délicate pour la France et l’Europe qui voient disparaître peu à peu leur force stratégique en ce port spatial international qui est Kourou. L’arrivée des micro lanceurs sur le pas de tirs Diamant ramènera un niveau d’activités à l’horizon 2030.

<p>b) <u>Possibilités d’intégration des DROM dans la future stratégie spatiale</u></p>

Transition écologique
Optimisation des trajectoires de lancement : Grâce à sa position proche de l’équateur, la Guyane permet déjà des lancements économes en carburant, limitant les émissions de CO₂ par rapport à d’autres sites de lancement situés à des latitudes plus élevées. Les DROM, en raison de leur biodiversité exceptionnelle et de leurs écosystèmes sensibles, incitent à un modèle de développement respectueux de l’environnement

Développer des formations spéciales
Pour répondre aux besoins croissants du secteur spatial, la création de filières de formation adaptées dans les DROM est essentielle. Cette offre éducative permettrait de former une main-d’œuvre qualifiée sur place, évitant l’exode des talents et contribuant à la montée en compétence et à la valorisation des jeunes issus des DROM.

Pousser l’implantation de branches d’entreprises dans ce secteur
Encourager l’installation de filiales d’entreprises du secteur spatial dans les DROM dynamiserait leur économie locale. Le cas de la Guyane pourrait être imitée par d’autres DROM pour des infrastructures spécifiques.

Créer un réseau- inter DROM
La mise en place d’un réseau de coopération entre les DROM serait un atout pour mutualiser les compétences et les ressources. Un tel réseau pourrait faciliter le partage d’expertises et l’essor de projets communs. Par exemple, cela permettrait aux DROM d’améliorer leur affront face aux différents événements climatiques et de pouvoir venir en aide à leurs voisins qui, par manque de structures, peuvent être en difficultés face à ces événements. Cette synergie renforcerait aussi la capacité de la France à répondre à des défis grâce à ses territoires ultramarins.

Développer la communication sur ces territoires
Pour susciter l’adhésion des populations locales et développer une véritable culture spatiale, une communication renforcée est nécessaire. Des campagnes de sensibilisation, des événements et des partenariats avec les établissements scolaires et associations locales permettraient de populariser les enjeux du secteur spatial. Une meilleure compréhension de ces enjeux inciterait les jeunes générations à envisager des carrières dans ce domaine, consolidant ainsi la relève locale => montrer aux plus petits qu’il est possible de rêver grand.