Dans quel contexte la Chine développe-t-elle sa stratégie spatiale ? Quels sont ses objectifs et ses ambitions dans ce domaine ? Les GT mettent à votre disposition leurs analyses pour mieux comprendre le positionnement de la Chine sur la scène spatiale internationale.
Par le GT Gouvernance
Résumé
La stratégie spatiale chinoise combine exploration scientifique, ambitions économiques et objectifs militaires. Grâce à des programmes comme Chang’e (lune) et Beidou (satellites), elle vise à devenir un acteur majeur indépendant, soutenue par des partenariats public-privé, une coopération internationale sélective et des avancées technologiques.
Introduction
La stratégie spatiale chinoise n’est pas à négliger ni à sous-estimer. Ces dernières années ont montré une capacité d’interférence dans l’espace et le déploiement d’éléments de puissance.
Objectifs stratégiques
Les ambitions chinoises peuvent être regroupées autour de ces quatre éléments reliant exploration scientifique et conquête spatiale. Elle développe un programme lunaire par les missions Chang’e. Elle développe progressivement un programme pour Mars. L’observation de la Terre (OT) passe par son programme satellitaire Gaofen. Il vise à déployer un système de télédétection global pour surveiller les terres agricoles, l’environnement et les eLets du changement climatique. Des activités d’ordre militaire peuvent être eLectuées. La sécurité nationale chinoise par l’espace et pour l’espace repose sur des satellites militaires (télécoms sécurisées), la technologie ASAT et son système de reconnaissance Beidou. Sur le plan de l’économie spatiale, il est nécessaire de comprendre que les programmes lunaires chinois visent à terme à créer des mines lunaires pour extraire de l’hélium-3.
Cadre institutionnel et politique
Toute la politique spatiale chinoise est organisée autour d’un complexe d’institutions gouvernementales, d’agences publiques, d’entreprises d’État et d’acteurs privés. On retrouve la CNSA (China National Space Administration), la CMC (Commission militaire centrale), la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation), la CASIC (China Aeropsace Science and Industry Corporation), la SASTIND (State Administration for Science, Technology and Industry for National Defense). Depuis 2014, la Chine accentue une coordination avec le secteur privé en soutenant des start-ups. Des entreprises comme i-Space, LandScape et OneSpace naissent (lanceurs, petits satellites, télécoms et observation de la Terre). Des PPP (partenariats public-privé) oLrent un mécanisme de subvention en soutien technologique et infrastructures. Elles collaborent donc avec la CASC ou la CASIC. Les estimations portent le budget à 26 milliards de $ en 2023. Pour les sources de financement, le Gouvernement central investi par des plans quinquennaux, les PPP (encourageant les collaborations commerciales), les investissements privés (investisseurs chinois ou étrangers), par des accords bilatéraux dans le cas de la Belt and Road Initiative (Afrique, Amérique latine, Asie pour la mise en orbite de satellites).
Coopération internationale
Sur ce point, la Chine développe une approche plutôt coopérative comme base de déploiement de ses activités, favorisant alors une croissance domestique (en cours et à venir).
Avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA) :
- Presque le premier partenaire occidental. L’ESA a coopéré pour des missions d’exploration lunaire et martienne, notamment pour la mission Chang’e-4, ainsi que des missions d’observation des planètes, le suivi des missions interplanétaires. Pour Mars, l’ESA a fourni une aide au suivi de la mission Tianwen
- Les deux acteurs partagent des données concernant l’observation de la Terre pour les océans et le changement climatique.
Avec la Russie :
- La coopération la plus ancienne et mouvementée. les deux veulent réduire leur dépendance vis-à-vis de l’Occident. Les deux pays annoncent en 2021 leur partenariat pour l’ILRS (International Lunar Research Station), une alternative à la Station Gateway occidentale. Avec d’autres pays en développement :
Avec l’Afrique et l’Amérique latine :
- La Chine les a aidés à lancer leurs propres satellites, notamment avec le Nigeria, le Venezuela et l’Éthiopie. Dans la zone Asie-Pacifique : c’est le cas du Pakistan et de la Thaïlande.
Avec les Etats-Unis :
- Une coopération très limitée en raison du Wolf Amendment de 2011. De fait, la Chine ne peut pas participer à l’ISS. Ceci a poussé la Chine à accélérer son indépendance.
Deux éléments clés vecteurs de coopération : la station spatiale Tiangong et le programme ILRS (International Lunar Research station).
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Capacités technologiques et industrielles
La Chine dispose d’un arsenal d’atout. Elle possède ses propres sites de lancement, d’une gamme de lanceurs variée avec une capacité à développer de nouvelles technologies applicables domestiques (propulsion innovante, exploration robotique et IA).
Les sites de lancement :
- Jiuquan (LEO),
- Xichang (GEO),
- Taiyuan (OP = orbite polaire),
- Wenchang (missions lunaires, orbites géostationnaires et interplanétaires).

(Source : AFP)
Les lanceurs appartiennent à la famille Chang Zheng dit aussi fusée Longue Marche (CZ 1 à CZ-10 aujourd’hui, avec parfois des sous familles comme CZ-4B et CZ-4C pour des orbites basses et héliosynchrones). Des lanceurs privés émergent comme Jielong (Smart Dragon) et Gushenxing (Ceres).
La CASC et CASIC sont les entreprises d’État responsables des chaines de production de lanceurs, satellites et systèmes connexes. Des entreprises privées tentent d’intégrer le secteur très étatisé, comme LandSpace (lanceur Zhuque), i-Space (lanceur Hyperbola) et OneSpace (lanceurs commerciaux).
Résultats et performances
La Chine montre ses réussites. Elles concernent le vol habité non plus à bord de capsule ou fusée mais de sa station spatiale. Également, des missions de ravitaillement de la station démontrant une capacité chinoise à le faire et développer des techniques plus complexes à l’avenir en fonction des besoins. Concernant les missions d’exploration planétaire, il s’agit d’une croissance. La Chine rattrape son retard notamment en étant la troisième puissance à être parvenu à se poser sur Mars de manière fonctionnelle. Le programme lunaire Chang’e est surement la clé qui démontre toutes les capacités technologiques de la Chine dans le domaine de l’exploration spatiale. Par ceci, la Chine devient capable d’imposer des normes technologiques et juridiques. Sa réussite repose aussi sur ses satellites. Le système Beidou pour le GPS, le système Gaofen pour l’observation de la Terre, et le projet Hongyan pour lutter contre Starlink de SpaceX.
Réglementation et cadre légal
La Chine dispose d’un bon cadre légal pour les activités spatiales, mais il n’est pas aussi poussé que le modèle américain ou européen. La Chine respecte le traité de 1967 (principes généraux), de 1972 (responsabilité), 1976 (immatriculation). Elle n’a pas signé et ne respecte pas le traité de 1979 sur la Lune (comme les USA et l’URSS-Russie).
L’organisation du cadre légal ne se fait pas pour l’instant par le biais de lois, mais de directive ou de règlements ministériels. La sécurité spatiale ou sécurité dans l’espace est une priorité grandissante pour les Chinois, en raison de l’importance de son système satellitaire dans les communications, la surveillance militaire et la navigation. Des règlements régissent la sécurité des lancements, le suivi des objets spatiaux et la protection des infrastructures spatiales contre menaces potentielles (naturelles ou humaines). Le sujet des collisions en orbite préoccupe aussi la Chine face à un encombrement de l’espace de plus en plus notoire. Sur ce point, la Chine n’a pas d’autres choix que de participer à des collaborations avec d’autres pays et initiatives multilatérales. Elle se questionne sur la responsabilité des objets spatiaux, la gestion des débris (a pris un tournant voyant les conséquences de son dernier tir ASAT de 2007 = tech. auto-désorbitation et système de capture de débris), la sécurité dans l’espace (jonction équilibriste entre civil et militaire, suivi des objets, et initiatives multilatérales). Via le COPUOS (ONU), elle contribue aux discussions sur la prévention des conflits spatiaux, la gestion des ressources spatiales et la collaboration internationale. De plus, elle adhère aux normes internationales établies dans un cadre onusien pour réduire et gérer le problème des débris spatiaux bien que ses lois nationales soient très incomplètes sur la question. Sur le sujet de la régulation de l’espace, la Chine n’est pas très encline à travailler durement en raison des restrictions et de l’hostilité américaine.
Développement durable et impact environnemental
Depuis les réactions de son dernier tir antisatellite de 2007 et une surpopulation factuelle dans l’espace, la Chine a décidé d’adopter des mesures. D’abord, elle cherche a adopté des missions plus sures avec de nouveau protocole comme le désorbitage des étages de fusées. Elle développe au sol des moyens de surveillance du trafic satellitaire en orbite et autre objet. Elle participe davantage aux discussions internationales. Dans le cadre de ses enjeux, elle mise sur plusieurs technologies clés pour l’avenir du secteur. Dans les technologies de mitigation on retrouve des systèmes de désorbitation automatique, des tech. de capture de débris, la récupération des débris par des satellites dédiés actifs en orbite. Au niveau réglementaire, des normes nationales (d’origine internationale, principalement onusienne) ont été imposées aux acteurs publics et privés chinois pour des obligations de limitation de création de débris spatiaux et d’assurer la sécurité des lancements des opérations en orbite. Ce n’est qu’un élément entrant dans le domaine du développement durable car toute la stratégie pour l’exploration et l’exploitation des ressources spatiales se retrouvent confrontées à ces problèmes basaux.
Pour l’exploitation minière des astéroïdes et de la Lune, le plan s’intègre dans une ambition à réduire la dépendance de la Chine vis-à-vis des ressources terrestres, faisant d’elle un acteur pouvant faire la pluie et le beau temps sur ce marché dans l’avenir. Dans le programme Chang’e, l’objectif principal est l’exploitation de l’hélium-3 pour accéder à la fusion nucléaire et créer une base permanente sur notre satellite naturel. Le pays cherche aussi à extraire des minerais d’astéroïdes. Un tel programme nécessite de nombreuses nouvelles technologies, dont les principales se regroupent à travers des systèmes robotiques avancés, des technologies de propulsions plus eLicaces comme les propulsions nucléaires et électriques ainsi que des technologies de traitement de ressources (matériaux extraits en produits utilisables, oxygène, eau et métaux). Dans ce prisme de l’exploration, les obstacles sont aussi internationaux. La coopération internationale fait face à des lacunes juridiques du fait de l’absence de la Chine des signatures de l’accord sur la Lune de 1979. Son projet ILRS avec la Russie vise donc à créer une nouvelle échelle de normes applicables à la Lune. Actuellement, la Chine est en train de conduire l’élaboration de corpus réglementaires sur ce sujet d’exploitation de ressources minières dans l’espace, tout en favorisant l’implication d’entreprises privées dans le secteur, avec une étatisation du contrôle de l’activité. Origin Space en fait partie.
Engagement du secteur privé
En Chine, il existe un soutien gouvernemental croissant pour encourager les start-ups et l’innovation dans le secteur spatial, bien que la structure de cette industrie soit différente de celle des États-Unis, notamment en ce qui concerne la relation entre le gouvernement et les entreprises privées.
Capacités de défense et de sécurité
Le programme spatial chinois intègre des éléments liés à la défense, notamment en ce qui concerne la surveillance par satellite, la cybersécurité spatiale et le développement de systèmes de défense antisatellite.
La Chine a développé un vaste réseau de satellites de surveillance et d’observation. Ces satellites sont utilisés non seulement pour des applications civiles, mais également pour des missions de renseignement militaire. Des systèmes comme le réseau de satellites Yaogan sont spécifiquement conçus pour les missions militaires, y compris l’intelligence de surveillance et la reconnaissance.
La cybersécurité est devenue un enjeu crucial pour la Chine, surtout dans le contexte de l’interdépendance croissante entre les systèmes spatiaux et les technologies de l’information.
Éducation, recherche et innovation
La Chine investit massivement dans la formation de nouvelles générations de scientifiques, d’ingénieurs, et de chercheurs dans le domaine spatial. Ce programme de formation est soutenu par une collaboration active entre les universités, les centres de recherche, et les agences gouvernementales, ce qui permet de former des experts capables de répondre aux besoins croissants du secteur spatial chinois. Pour se faire, la Chine a développé plusieurs programmes d’enseignement supérieur et écoles techniques pour former des spécialistes dans le domaine spatial. Parmi ces initiatives, on trouve :
- Diplômes spécialisés : nombreuses universités comme l’Université Tsinghua, l’Université de Pékin, et l’Université de l’Aéronautique et de l’Espace de Pékin, proposent des programmes de maîtrise et de doctorat spécifiquement axé sur l’ingénierie spatiale, la science des matériaux, et l’astrophysique.
- Instituts de recherche : L’Institut de technologie de l’espace et de l’aéronautique de l’Université de Pékin et d’autres instituts spécialisés jouent un rôle clé dans la formation des étudiants et la recherche dans le domaine spatial.
Aussi, la Chine encourage également les programmes d’échange avec d’autres pays afin de permettre à ses étudiants d’acquérir des compétences et des connaissances internationales.
Les universités et les centres de recherche jouent un rôle central dans le développement de technologies spatiales. En Recherche appliquée (RA), les universités collaborent avec des agences gouvernementales comme la CNSA et des entreprises d’État pour mener des recherches appliquées dans des domaines tels que la propulsion, les systèmes de communication par satellite, et la robotique spatiale.
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