Dans quel contexte la République tchèque développe-t-elle sa politique spatiale ? Quels sont ses objectifs et ses ambitions dans ce domaine ? Les GT vous proposent leurs notes de synthèse pour mieux comprendre le paysage spatial actuel.
Par le GT Gouvernance
Résumé
La République tchèque renforce son ambition spatiale en développant ses capacités industrielles, scientifiques et technologiques. Sans agence nationale, elle s’appuie sur l’ESA et des coopérations internationales. Son programme « Česká cesta do vesmíru » vise une mission spatiale nationale d’ici cinq ans. Le pays investit dans la recherche, l’innovation et la défense tout en soutenant le secteur privé. Il s’engage aussi dans la durabilité avec la gestion des débris spatiaux. Ces initiatives visent à accroître sa visibilité et son rôle dans l’industrie spatiale européenne.
Objectifs stratégiques
Les activités spatiales en République tchèque sont depuis leurs origines principalement étatiques, industrielles et scientifiques (sciences spatiales, technologies spatiales, navigation, télécommunications par satellite, observation de la Terre, etc.) Les priorités nationales tchèques concernant l’espace se trouvent dans le Plan spatial national 2020-2025. Ce dernier répertorie les points clés du programme spatial tchèque qui a pour objectif premier de renforcer les capacités spatiales du pays. Cela passe notamment par le renforcement des synergies et complémentarités entre le milieu industriel et universitaire tchèques, afin d’accroître la compétitivité, et d’accélérer les transferts de technologies et de connaissances entre ces deux milieux.
Cadre institutionnel et politique
Les activités spatiales en République tchèque sont gérées depuis 2011 par le Ministère des Transports. Pour ce faire, il a mis en place un Conseil de Coordination des activités spatiales organisé en plusieurs comités transversaux dont l’un des objectifs est notamment d’assurer une interface entre l’industrie et le monde universitaire. Aussi, le pays ne possède pas d’agence spatiale nationale au même titre que d’autres nations spatiales.
Coopérations internationales
Le spatial en République tchèque passe majoritairement par l’ESA. Le pays se considère comme le “cerveau et le cœur de l’industrie spatiale européenne et des applications satellitaires“. Il accueille depuis 2021 l’EUSPA qui assure la responsabilité de la gestion opérationnelle et de l’exploitation des systèmes de constellations européens (EGNOS, Galileo, Copernicus). Un second siège devrait bientôt ouvrir à Prague à partir de 2025. La République tchèque a également signé plusieurs accords bilatéraux par exemple avec la France (CNES). Elle a aussi rejoint les accords Artémis en 2023 tout en rappelant son rôle et son implication dans le domaine spatial, notamment en tant qu’acteur majeur de la recherche spatiale. Il y a une réelle volonté de mieux et de davantage s’insérer sur la scène spatiale internationale et d’y incarner une position active pour accroître sa visibilité tout en renforçant ses coopérations bilatérales en particulier avec les pays européens. Le pays démontre une volonté d’une plus grande considération de ses capacités aux côtés des autres puissances tout en restant en partenariat.
Capacités techniques et industrielles
La République tchèque dispose d’une grande excellence dans le domaine des sciences spatiales. Elle a par exemple participé à la mission SWARM ou encore au développement des lanceurs Ariane 5 et Ariane 6. Depuis 2019, les entreprises tchèques sont notamment reconnues comme membres des chaînes d’approvisionnement internationales pour la production de lanceurs, de satellites et de segments terrestres. En revanche, elle ne possède pas de site de lancement, passant ainsi par des coopérations avec l’ESA ou les États-Unis pour mettre en orbite ses propres satellites ou spationautes. Elle est aussi engagée dans le domaine de l’exploration spatiale comme avec la mission VZLUSAT-1 dont le but était d’examiner les qualités d’un bouclier radiatif visant ensuite à être employé pour la création d’habitations sur la Lune et sur Mars en les préservant des radiations.

Résultats et performances
La République tchèque a affiché de nouvelles ambitions dans le spatial en annonçant allouer 275 millions de couronnes tchèques, soit environ 11 millions d’euros, supplémentaires par an aux programmes de l’ESA pour une participation totale estimée à 62 millions d’euros. Si les investissements sont majoritairement publics, le pays a exprimé sa volonté de stimuler les investissements privés.
En juin 2024, la République tchèque a lancé son nouveau programme spatial Česká cesta do vesmíru (« Voyage tchèque dans l’espace ») consistant en la réalisation d’une mission tchèque dans l’espace d’ici cinq ans. Ce programme passe par le développement de technologies spatiales grâce à la coopération des secteurs commercial, éducatif et scientifique. Deux nouvelles missions spatiales ont également été annoncées, à savoir AMBIC (ambitious czech satellite) et QUVIK (Quick ultra-Violet Kilonovae Serveyor). L’objectif est de renforcer la position du pays et de ses entreprises dans le domaine spatial, même si l’ESA reste le principal instrument de développement de l’industrie spatiale tchèque.
Réglementation et cadre légal
La République tchèque est signataire du Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes de 1967.
Développement durable et impact environnemental
L’observation de la Terre fait partie des prérogatives du spatial tchèque. Aussi, la question des débris est assez présente dans sa politique spatiale. Le pays a par exemple rejoint le programme ClearSpace en 2020, soit la première mission de dépollution spatiale. Il y a également une mise en avant dans le Plan spatial national du développement de capacités pour la gestion et le suivi des débris (lasers, etc.), bien que le cadre reste majoritairement celui de l’UE ou de l’ESA.
Engagement du secteur privé
La République tchèque encourage le développement du secteur privé et de startups tout en favorisant les synergies avec le public, afin de renforcer ses capacités spatiales et encourager les innovations. En 2016, la Tchéquie a par exemple fondé ESA BIC Prague un programme d’incubations, de suivis et de soutiens (financier, techniques, etc.) aux jeunes entreprises innovantes liées aux activités spatiales. En 2019, le pays a lancé ESA BIC Brno, deuxième plus grande ville du pays, témoignant ainsi de cette volonté de soutenir le secteur privé pour le spatial.
Capacités de défense et de sécurité
Si la politique spatiale tchèque est principalement axée autour d’aspects scientifiques, elle connaît ces dernières années une forme de redynamisme ou de « mise à jour » au vu de la dégradation du contexte géopolitique, avec une orientation plus marquée autour des enjeux de défense et de sécurité. En 2018, le Centre satellitaire de la République tchèque (CZE SATCEN) a ainsi été créé. Il s’agit d’un département intégré à la structure du renseignement militaire tchèque. Le pays a également reconnu officiellement l’importance du spatial comme champ conflictuel. Elle a ainsi mis en avant l’aspect essentiel des images satellitaires et de l’IA pour le secteur militaire.
Éducation, recherche et innovation
La formation de nouvelles générations de scientifiques, d’ingénieurs et de chercheurs est au cœur de la politique spatiale tchèque. Susciter l’intérêt des nouvelles générations pour l’espace extra-atmosphérique est un axe central notamment représenté par la mise en place d’un ensemble d’expositions comme en 2020 avec Cosmos Discovery à Prague traitant de l’histoire de la conquête spatiale. Organisée en collaboration avec la NASA, le Musée Cosmosphere au Kansas et le Centre d’Éducation de Prague, cette exposition visait à inspirer les jeunes et les orienter dans cette voie, tout en s’adressant aux adultes de tous âges. La figure d’Aleš Svoboda, astronaute tchèque de réserve, qui serait le deuxième Tchèque à aller dans l’espace après Vladimir Remek, premier Tchécoslovaque à y être allé en 1978, revient à plusieurs reprises dans les discours pour engager l’intérêt de la population. L’usage de symboles fait aussi parti de cette stratégie, comme avec l’envoi de Hurvínek, la célèbre marionnette tchèque aimée des plus petits dont une réplique a été envoyée à bord du satellite Planetum 1 en 2022, onze ans après l’envoi de la célèbre Petite Taupe Krteček, à bord du vaisseau spatial Endeavour. Le programme Česká cesta do vesmíru selon le ministre des Transports Martin Kupka devrait également participer à susciter l’intérêt des plus jeunes pour l’étude des domaines scientifiques et techniques.
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